A...COMME AGRICULTURE
Le modèle Rhénan de capitalisation, de production et de segmentation de marché caractérisant les entreprises allemandes est très à la mode lorsqu’il s’agit d’expliquer l’efficacité industrielle sur le continent européen.
Je considère, en comparaison, que l’agriculture française et sa filière de transformation agro-alimentaire consacrent l’excellence de notre modèle de production et j’en fais même l’un des sept piliers français de l’économie européenne avec les industries mécaniques (aéronautique, automobile, ferroviaire, navale), le luxe, l’industrie pharmaceutique, touristique, de l’énergie et de l’armement.
Dans ces conditions, comment ne pas mettre l’accent sur l’implication et l’exposition d’un département comme le Cher ?
Une république humaniste s’attache, avant tout, à proposer un avenir serein à ses agriculteurs, ses éleveurs et ses industriels des terroirs.
Une république forte met en place des mécanismes d’incitation « gagnant/gagnant » entre les producteurs et les consommateurs.
Les moyens d’y parvenir vont précisément provenir du triptyque « respect, solidarité, dignité ».
Le respect dû par les consommateurs et le respect dû par les professionnels.
La solidarité entre filières et entre les maillons de la chaîne de la valeur.
La dignité des acteurs face aux défis de la mondialisation.
RESPECT
Le respect dû par les consommateurs
Le respect des consommateurs dû au monde agricole et agro-alimentaire commence par l’achat prioritaire des produits labellisés français. Pour cela, il conviendra, par la réglementation, de renforcer toujours davantage la traçabilité des origines comme de la transformation.
En proposant cette démarche, je n’ai pas le sentiment de faire du nationalisme exacerbé, mais, au contraire, de servir l’intérêt de la planète. En effet, consommer local en matière alimentaire revient à installer des circuits courts de logistique et à économiser ainsi l’énergie.
Les consommateurs doivent donc s’efforcer de reconnaître la qualité des produits issus de nos terroirs et diversifier leur mode d’achat. Internet constitue, à ce titre, un outil incontournable d’information et de comparaison.
Chaque foyer pourrait se fixer, par exemple, un objectif de l’ordre de 50% de consommation de produits de terroirs labellisés comme tels.
Le respect dû par les professionnels
La principale limite serait le coût de production. J’admets qu’encore de nos jours, certaines productions ou transformations venant de l’étranger apparaissent financièrement plus avantageuses aux consommateurs français. Mais lorsque l’on entre dans le détail, la concurrence principale vient des autres pays de l’Union Européenne. C’est la raison pour laquelle la Politique Agricole Commune devra rester au cœur de la nouvelle programmation 2014-2020 et imposer la convergence des coûts donc des moyens de production et de transformation. C’est aussi au nom de ce principe que le marché européen de l’alimentation devra « éduquer » le reste du Monde.
Je propose ainsi que la TVA sur les importations infra ou extra Union Européenne, payée systématiquement dans le pays importateur, ne soit pas déductible par l’entreprise importatrice si le coût d’achat est inférieur ou égal au coût de production local, et ce quel que soit le taux de TVA appliqué. Cette mesure se conçoit, bien sûr, dans le cadre de la convergence fiscale européenne dont je traite dans le chapitre « fiscalité ».
A ceux qui dénonceraient le risque inflationniste de 3 à 10%, je rappelle que le coût supplémentaire de la logistique transport, stockage, manutention, pertes ou destruction de marchandises des aliments importés représente globalement 15 à 20 % du prix de revient, soit de 11,5 à 15,5 % du prix de vente avec un taux de marge compris entre 30 et 50% .
Du reste, les Etats-Unis et le Japon n’ont pas attendu si l’on en croit le rapport de l’OCDE dont le texte ci-après est issu.
« Les marchés de producteurs sont un exemple de forme de commercialisation « alternative ». Aux
États-Unis, le nombre de marchés de producteurs y est passé de 1785 en 1994 à 4500 en 2007 et les ventes rapportent 1 milliard de dollars par an. Les marchés de producteurs permettent aux consommateurs d’avoir accès à des produits frais. L’organisation des ces marchés de producteurs demande une forte infrastructure. La National Farmers Market Coalition s’est formée en 2002 grâce à l’appui de l’USDA Agricultural Marketing Service et de la North American Farm Direct Marketing Association. Elle a pour but de favoriser l’échange d’information et de bonnes pratiques pour aider au développement des marchés de producteur. Les opportunités de création de valeurs engendrées par cette forme de commercialisation directe ne sont pas sans contrainte pour les producteurs impliqués…Une des nécessités à la survie des marchés de producteurs est une forte coopération entre les vendeurs… au Japon, du fait de la diversification de la demande des consommateurs, des circuits alternatifs de commercialisation des produits alimentaires se sont développés de manière importante depuis quelques décennies. Les grossistes, qui distribuaient 82% des fruits et légumes frais en 1990, n’en distribuaient ainsi plus que 65% en 2005…Kobayashi et al. (2008) ont évalué les effets économiques des marchés de producteurs, en s’appuyant sur l’exemple du Magasin A, qui a enregistré un chiffre d’affaires de 2.49 milliards JPY en 2006. Ce point de vente se trouve dans la plaine agricole de la préfecture de Wakayama et compte environ 1 400 fournisseurs. Le chiffre d’affaires par exploitation est de 1.17 million JPY par an. Au total, le magasin a reçu quelque 800 000 clients venus d’une zone d’un rayon de 30 km qui comprend Osaka, deuxième ville du Japon. D’après les estimations, les producteurs affiliés gagnent en moyenne 38 % de plus que s’ils passaient par les marchés de gros classiques et les clients font une économie de 16 % par rapport aux consommateurs qui s’approvisionnent chez les détaillants ordinaires. De plus, le magasin emploie 5 salariés à temps complet et 48 à temps partiel. »
NOUVELLES PISTES DE CRÉATION DE VALEUR DANS LE SECTEUR AGROALIMENTAIRE
Organisation for Economic Co-operation and Development 20-Jan-2009
Solidarité entre filières et maillons de la chaîne de la valeur.
Solidarité entre filières
Cependant, qu’importe ce respect réciproque entre professionnels de l’agriculture et consommateurs si les filières de production ne s’entraident pas et si les producteurs, les transformateurs et les distributeurs ne se partagent pas équitablement la valeur ajoutée ?
Le rôle de l’Etat devient, dès lors, régulateur et garant.
Régulateur car la consommation, même si elle se diversifie comme souhaité précédemment, n’est jamais d’une stabilité absolue. Les modes, les opportunités commerciales, la concurrence même rendue plus loyale sont des facteurs influençant à la hausse ou à la baisse les habitudes, qui, de fait n’existent pas.
A ce niveau, la politique européenne doit accentuer son rôle d’amortisseur et, par conséquent, développer les aides passerelles entre les filières. La solidarité innée n’étant pas la norme, ce sont les institutions qui doivent remplir cette mission de péréquation. Mais j’insiste sur la péréquation entre filière.
En effet, je considère comme insoutenable dans les années à venir de mettre systématiquement à contributions les Etats donc les contribuables pour financer les diverses politiques de soutien aux filières. Le marché de plus de 500 millions d’européens est globalement haussier. Nos grandes entreprises intermédiaires comme AXEREAL deviennent de plus en plus exportatrice hors de l’UE, notamment en direction du Bassin Méditerranéen. L’Union Européenne mais aussi la France pour ses entreprises doivent promouvoir intensivement cette diversification des marchés par des aides indirectes négociées au sein d’accords globaux, bilatéraux ou multilatéraux, avec les pays à marchés émergeants.
En contrepartie, les filières bénéficiaires seront mises à contribution pour soutenir les filières provisoirement moins rentables. Simple à dire et écrire, moins à organiser.
Les organisations professionnelles devront prendre leurs responsabilités sous la tutelle de l’UE.
Solidarité entre maillons de la chaîne de la valeur
Dans le même ordre d’idée, il est temps de régler le rapport entre producteurs, transformateurs et distributeurs.
Mon diagnostic est le suivant. Tant que les éléments de cette chaîne ne seront pas interdépendants au plan capitalistique, il sera impossible de réguler de l’extérieur les marges pour les rendre équitables, et d’ailleurs sur quels critères d’équité.
Je forme donc une recommandation pour que la France dont l’agriculture et les filières de transformation sont leaders en Europe, mais qui n’a pas le même succès dans la distribution favorise les rapprochements d’actionnaires ou coopérants afin de créer au moins 3 chaînes d’entreprises allant de l’exploitation agricole en société par actions avec une simple minorité de blocage pour le consortium de transformation/distribution jusqu’à la chaîne de distribution alimentaire dans laquelle les agriculteurs posséderaient les mêmes droits.
La dignité des acteurs face aux défis de la mondialisation.
Ces propositions ne seraient pas complètes si elles n’incluaient pas la dose d’humanisme indispensable au respect du titre de cet ouvrage.
Pour faire simple, notre république doit, d’une part, en finir avec les dernières poches de pauvreté dans le domaine agricole national et d’autre part, concourir par son agriculture performante à l’éradication de la faim dans le monde.
Et curieusement, les deux problèmes pourraient se résoudre par une solution croisée.
Intrinsèquement, la pauvreté agricole est liée au modèle économique et financier. La baisse de près de deux tiers des exploitants individuels en 20 ans et le doublement simultané des sociétés dotées de capitaux propres spécifiques (cf tableau ci-dessous) a permis de juguler la précarité en amortissant l’effet des accidents climatiques.
|
Statut des exploitations agricoles en 2010
|
|
en milliers
|
| |
1988
|
2000
|
2010 (p)
|
|
p : données provisoires.
|
|
(1) : Autre personne physique ou morale.
|
|
Champ : France métropolitaine.
|
|
Source : Agreste, recensements agricoles.
|
|
Exploitants individuels
|
946,1
|
537,6
|
339,9
|
|
Total des formes sociétaires et diverses
|
65,5
|
123,7
|
146,6
|
|
dont :
|
|
|
|
|
Groupements agricoles à responsabilité limitée
|
37,7
|
41,5
|
37,2
|
|
Exploitations agricoles à responsabilité limitée
|
1,5
|
55,9
|
78,6
|
|
Autres statuts (1)
|
5,1
|
2,6
|
3,5
|
|
Part des exploitations sous forme sociétaires et diverses (en %)
|
6,4
|
18,6
|
29,9
|
Le sens de l’histoire se traduit donc par une (re)capitalisation des exploitations agricoles au travers de groupements coopératifs ou de sociétés de capitaux. Mais pour qu’il n’y ait pas encombrement et production surabondante, les structures les plus développées doivent résolument se tourner vers l’exportation, non seulement de la production « made in France » mais aussi et surtout du « savoir-faire ».
En clair, les grandes filières globalisées profiteront des découvertes de l’INRA- Premier institut de recherche agronomique en Europe, deuxième dans le monde pour rechercher, voire créer des marchés extérieurs grâce aux nouveaux plans, OGM, et autres nouvelles techniques de culture et d’élevage… et laisseront des exploitations moyennes se constituer pour alimenter localement les circuits de distribution alternatifs.
L’agriculture est une industrie à part entière. Elle n’a pas été délocalisée contrairement à d’autres pans de l’économie. Il faut une politique particulièrement volontariste afin de développer ce fleuron français dans le monde tout en préservant la qualité et la compétitivité sur le marché intérieur, c'est-à-dire le marché européen.
Les commentaires récents